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17 juillet 2014 4 17 /07 /juillet /2014 15:02

(PAUSE POESIE...)

 

 

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
            Et nos amours
       Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine
 
     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure
 
Les mains dans les mains restons face à face
            Tandis que sous
       Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
 
     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure
 
L'amour s'en va comme cette eau courante
            L'amour s'en va
       Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
 
     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure
 
Passent les jours et passent les semaines
            Ni temps passé
       Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
 
     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

 

 

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 15:26

Ce poème nous ramène des années en arrière, à une époque où en culottes courtes et jupettes nous llions encore à l'école... Mon fils l'a apprise ces jours-ci, à son tour, et j'ai aimé l'aider dans sa démarche et j'ai eu envie de vous emmener avec nous sur ce chemin nostalgique...

 

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 18:50

Ce magnifique poème m'est revenu en mémoire ces derniers jours et j'avais envie de le partager ici. Certains se souviendront sans doute que Jean Ferrat le chantait très bien. Sa voix vous reviendra alors au fil des mots que vous lirez :

 

AIMER A PERDRE LA RAISON

Aimer à perdre la raison
Aimer à n'en savoir que dire
A n'avoir que toi d'horizon
Et ne connaître de saisons
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison

Ah c'est toujours toi que l'on blesse
C est toujours ton miroir brisé
Mon pauvre bonheur, ma faiblesse
Toi qu'on insulte et qu'on délaisse
Dans toute chair martyrisée

Aimer à perdre la raison
Aimer à n'en savoir que dire
A n'avoir que toi d horizon
Et ne connaître de saisons
Que par la douleur du partir
Aimer à perdre la raison

La faim, la fatigue et le froid
Toutes les misères du monde
C'est par mon amour que j'y crois
En elle je porte ma croix
Et de leurs nuits ma nuit se fonde

Aimer à perdre la raison
Aimer à n'en savoir que dire
A n'avoir que toi d horizon
Et ne connaître de saisons
Que par la douleur du partir
Aimer a perdre la raison

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17 juin 2012 7 17 /06 /juin /2012 15:25

J'avais envie d'un peu de poésie aujourd'hui et ces quatrains en alexandrins me sont revenus. Je les partage avec vous :

 

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.


À peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.


Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !


Le Poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 15:34

J'ai découvert cette nouvelle au cours de l'automne 2011, à ST Georges sur Loire, lors d'une remise de prix où le texte était joué avec talent :

 


Un tiède soleil d'automne tombait dans la cour de ferme, par-dessus les grands hêtres des fossés. Sous le gazon tondu par les vaches, la terre, imprégnée de pluie récente, était moite, enfonçait sous les pieds avec un bruit d'eau; et les pommiers chargés de pommes semaient leurs fruits d'un vert pâle, dans le vert foncé de l'herbage.
    Quatre jeunes génisses paissaient, attachées en ligne, meuglaient par moments vers la maison; les volailles mettaient un mouvement coloré sur le fumier, devant l'étable, et grattaient, remuaient, caquetaient, tandis que les deux coqs chantaient sans cesse, cherchaient des vers pour leurs poules qu'ils appelaient d'un gloussement vif.
    La barrière de bois s'ouvrit ; un homme entra, âgé de quarante ans peut-être, mais qui semblait vieux de soixante, ridé, tordu, marchant à grands pas lents, alourdis par le poids de lourds sabots plein de paille. Ses bras longs pendaient des deux côtés du corps. Quand il approcha de la ferme, un roquet jaune, attaché au pied d'un énorme poirier, à côté d'un baril qui lui servait de niche, remua la queue, puis se mit à japper en signe de joie. L'homme cria:
    - A bas, Finot !
    Le chien se tut.
    Une paysanne sortit de la maison. Son corps osseux, large et plat, se dessinait sous un caraco de laine qui serrait la taille. Une jupe grise, trop courte, tombait jusqu'à la moitié des jambes, cachées en des bas bleus, et elle portait aussi des sabots pleins de paille. Un bonnet blanc, devenu jaune, couvrait quelques cheveux collés au crâne, et sa figure brune, maigre, laide, édentée, montrait cette physionomie sauvage et brute qu'ont souvent les faces des paysans.
    L'homme demanda :
    - Comment qu'y va ?
    La femme répondit :
    - M'sieu le curé dit que c'est la fin, qu'il n' passera point la nuit.
    Ils entrèrent tous deux dans la maison.
    Après avoir traversé la cuisine, ils pénétrèrent dans la chambre, basse, noire, à peine éclairée par un carreau, devant lequel tombait une loque d'indienne normande.
    Les grosses poutres du plafond, brunies par le temps, noires et enfumées, traversaient la pièce de part en part, portant le mince plancher du grenier, où couraient, jour et nuit, des troupeaux de rats.
    Le sol de terre, bossué, humide, semblait gras, et, dans le fond de l'appartement, le lit faisait une tache vaguement blanche. Un bruit régulier, rauque, une respiration dure, râlante, sifflante, avec un gargouillement d'eau comme celui que fait une pompe brisée, partait de la couche enténébrée où agonisait un vieillard, le père de la paysanne.
    L'homme et la femme s'approchaient et regardèrent le moribond, de leur œil placide et résigné.
    Le gendre placide :
    - C'te fois, c'est fini ; i n'ira pas seulement à la nuit.
    La fermière reprit :
    - C'est d'puis midi qu'i gargote comme, ça.
    Puis ils se turent. Le père avait les yeux fermés, le visage couleur de terre, si sec qu'il semblait en bois. Sa bouche entrouverte laissait passer son souffle clapotant et dur ; et le drap de toile grise se soulevait sur sa poitrine à chaque aspiration.
    Le gendre, après un long silence, prononça:
    - Y a qu'à le quitter finir. J'y pouvons rien. Tout d' même c'est dérangeant pour les cossards, vul' temps qu'est bon, qu'il faut repiquer d'main.
    Sa femme parut inquiète à cette pensée. Elle réfléchit quelques instants, puis déclara:
    - Puisqu'i va passer, on l'enterrera pas avant samedi ; t'auras ben d'main pour les cossards.
    Le paysan méditait; il dit:
    - Oui, mais demain qui faudra qu'invite pour l'himunation, que j' nai ben pour cinq ou six heures à aller de Tourville à Manetot chez tout le monde.
    La femme, après avoir médité deux ou trois minutes, prononça:
    - I n'est seulement point trois heures, qu' tu pourrais commencer la tournée anuit et faire tout l' côté de Tourville. Tu peux ben dire qu'il a passé, puisqu'i n'en a pas quasiment pour la relevée.
    L'homme demeura quelques instants perplexe, pesant les conséquences et les avantages de l'idée. Enfin il déclara :
    - Tout d' même, j'y vas.
    Il allait sortir; il revint et, après une hésitation:
    - Pisque t'as point d'ouvrage, loche des pommes à cuire, et pis tu feras quatre douzaines de douillons pour ceux qui viendront à l'himunation, vu qu'i faudra se réconforter T'allumeras le four avec la bourrée qu'est sous l' hangar au pressoir. Elle est sèque.
    Et il sortit de la chambre, rentra dans la cuisine ouvrit le buffet, prit un pain de six livres, en coupa soigneusement une tranche, recueillit dans le creux de sa main les miettes tombées sur la tablette, et se les jeta dans la bouche pour ne n'en perdre. Puis il enleva avec la pointe de son couteau un peu de beurre salé au fond d'un pot de terre brune, I'étendit sur son pain, qu'il se mit à manger lentement, comme il faisait tout.
    Et il traversa la cour, apaisa le chien, qui se remettait à japper, sortit sur le chemin qui longeait son fossé, et s'éloigna dans la direction de Tourville.
    Restée seule, la femme se mit à la besogne. Elle découvrit la huche à la farine, et prépara la pâte aux douillons. Elle la pétrissait longuement, la tournant et la retournant, la maniant, i ‘écrasant, la broyant. Puis elle en fit une grosse boule d'un blanc jaune, qu'elle laissa sur le coin de la table.
    Alors elle alla chercher les pommes et, pour ne point blesser l'arbre avec la gaule, elle grimpa dedans au moyen d'un escabeau. Elle choisissait les fruits avec soin, pour ne prendre que les mûrs, et les entassait dans son tablier.
    Une voix l'appela du chemin :
    - Ohé, Madame Chicot !
    Elle se retourna. C'était un voisin, maître Osime Favet, le maire, qui s'en allait fumer ses terres, assis les jambes pendantes, sur le tombereau d'engrais. Elle se retourna, et répondit :
    - Qué qu'y a pour vot' service, maît' Osime ?
    - Et le pé, où qui n'en est ?
    Elle cria :
    - Il est quasiment passé. C'est samedi l'himunation, à sept heures, vu les cossards qui pressent.
    Le voisin répliqua :
    - Entendu. Bonne chance! Portez-vous bien.
    Elle répondit à sa politesse :
    - Merci, et vous d' même.
    Puis elle se remit à cueillir ses pommes.
    Aussitôt qu'elle fut rentrée, elle alla voir son père, s'attendant à le trouver mort. Mais dès la porte elle distingua son râle bruyant et monotone, et jugeant inutile d'approcher du lit pour ne point perdre de temps, elle commença à préparer les douillons.
    Elle enveloppait les fruits un à un, dans une mince feuille de pâte, puis les alignait au bord de la table.
    Quand elle eut fait quarante-huit boules, rangées par douzaines l'une devant l'autre, elle pensa à préparer le souper, et elle accrocha sur le feu sa marmite, pour faire cuire les pommes de terre; car elle avait réfléchi qu'il était inutile d'allumer le four, ce jour-là même, ayant encore le lendemain tout entier pour terminer les préparatifs.
    Son homme rentra vers cinq heures. Dès qu'il eut franchi le seuil, il demanda:
    - C'est-il fini ?
    - Point encore : ça gargouille toujours.
    Ils allèrent voir. Le vieux était absolument dans le même état. Son souffle rauque, régulier comme un mouvement d'horloge, ne s'était ni accéléré ni ralenti. Il revenait de seconde en seconde, variant un peu de ton, suivant que l'air entrait ou sortait de la poitrine.
    Son gendre le regarda, puis il dit :
    - I finira sans qu'on y pense, comme une chandelle.
    Ils rentrèrent dans la cuisine et, sans parler, se mirent à souper. Quand ils eurent avalé leur soupe, ils mangèrent encore une tartine de beurre, puis, aussitôt les assiettes lavées, rentrèrent dans la chambre de l'agonisant.
    La femme, tenant une petite lampe à mèche fumeuse, la promena devant le visage de son père. S'il n'avait pas respiré, on l'aurait cru mort assurément.
    Le lit des deux paysans était caché à l'autre bout de la chambre, dans une espèce d'enfoncement. Ils se couchèrent sans dire un mot, éteignirent la lumière, fermèrent les yeux; et bientôt deux ronflements inégaux, l'un plus profond, l'autre plus aigu, accompagnèrent le râle interrompu du mourant.
    Les rats couraient dans le grenier.
    Le mari s'éveilla dès les premières pâleurs du jour.
    Son beau-père vivait encore. Il secoua sa femme, inquiet de la résistance du vieux.
    - Dis donc, Phémie, i n' veut point finir. Qué qu' tu f'rais té?
    Il la savait de bon conseil.
    Elle répondit :
    - I n' passera point l' jour, pour sûr. N'y a point n'à craindre. Pour lors que l' maire n'opposera pas qu'on l'enterre tout de même demain, vu qu'on l'a fait pour maître Renard le pé, qu'a trépassé juste aux semences.
    Il fut convaincu par l'évidence du raisonnement; et il partit aux champs
    Sa femme fit cuire les douillons, puis accomplit toutes les besognes de la ferme.
    À midi, le vieux n'était point mort. Les gens de journée loués pour le repiquage des cossards vinrent en groupe considérer l'ancien qui tardait à s'en aller. Chacun dit son mot, puis ils repartirent dans les terres.
    À six heures, quand on rentra, le père respirait encore. Son gendre à la fin, s'effraya.
    - Qué qu' tu f'rais, à c'te heure, té, Phémie?
    Elle ne savait non plus que résoudre. On alla trouver le maire. Il promit qu'il fermerait les yeux et autoriserait l'enterrement le lendemain.
    L'officier de santé, qu'on alla voir, s'engagea aussi, pour obliger maître Chicot, à antidater le certificat de décès. L'homme et la femme rentrèrent tranquilles.
    Ils se couchèrent et s'endormirent comme la veille mêlant leurs souffles sonores au souffle plus faible du vieux.
    Quand ils s'éveillèrent, il n'était point mort.
    Alors, ils furent atterrés. Ils restaient debout, au chevet du père, le considérant avec méfiance, comme s'il avait voulu leur jouer un vilain tour, les tromper, les contrarier par plaisir, et ils lui en voulaient surtout du temps qu'il leur faisait perdre.
    Le gendre demanda :
    - Qué que j'allons faire?
    Elle n'en savait rien; elle répondit :
    - C'est-i contrariant, tout d' même !
    On ne pouvait maintenant prévenir tous les invités, qui allaient arriver sur l'heure. On résolut de les attendre, pour leur expliquer la chose.
    Vers sept heures moins dix, les premiers apparurent.
    Les femmes en noir, la tête couverte d'un grand voile, s'en venaient d'un air triste. Les hommes, gênés dans leur veste de drap, s'avançaient plus délibérément, deux par deux, en devisant des affaires.
    Maître Chicot et sa femme, effarés, les reçurent en se désolant, et tous deux, tout à coup, au même moment, en abordant le premier groupe, se mirent à pleurer. Ils expliquaient l'aventure, contaient leur embarras, offraient des chaises, se remuaient, s'excusaient voulaient prouver que tout le monde aurait fait comme eux, parlaient sans fin, devenus brusquement bavards à ne laisser personne leur répondre.
    Ils allaient de l'un à l'autre :
    - Je l'aurions point cru ; c'est point croyable qu'il aurait duré comme ça !
    Les invités interdits, un peu déçus, comme des gens qui manquent une cérémonie attendue, ne savaient que faire, demeuraient assis ou debout. Quelques-uns voulurent s'en aller. Maître Chicot les retint.
    - J'allons casser une croûte tout d' même. J'avions fait des douillons ; faut bien en profiter.
    Les visages s'éclairèrent à cette pensée. On se mit à causer à voix basse. La cour peu à peu s'emplissait ; les premiers venus disaient la nouvelle aux nouveaux arrivants. On chuchotait, I'idée de douillons égayant tout le monde.
    Les femmes entraient pour regarder le mourant. Elles se signaient auprès du lit, balbutiaient une prière, ressortaient. Les hommes, moins avides de ce spectacle, jetaient un coup d'œil de la fenêtre qu'on avait ouverte .
    Mme Chicot expliquait l'agonie :
    - V'là deux jours qu'il est comme ça, ni plus ni moins, ni plus haut ni plus bas. Dirait-on point une pompe qu'a pu d'iau?
    Quand tout le monde eut vu l'agonisant, on pensa à la collation, mais comme on était trop nombreux pour tenir dans la cuisine, on sortit la table devant la porte.
    Les quatre douzaines de douillons, dorés, appétissants, tiraient les yeux, disposés dans deux grands plats. Chacun avançait le bras pour prendre le sien, craignant qu'il n'y en eût pas assez. Mais il en resta quatre.
    Maître Chicot, la bouche pleine, prononça :
    - S'i nous véyait, I' pé, ça lui ferait deuil. C'est li qui les aimait d' son vivant.
    Un gros paysan jovial déclara :
    - I n'en mangera pu, à c't' heure. Chacun son tour.
    Cette réflexion, loin d'attrister les invités, sembla les réjouir C'était leur tour, à eux, de manier des boules.
    Mme Chicot, désolée de la dépense, allait sans cesse au cellier chercher du cidre. Les brocs se suivaient et se vidaient coup sur coup. On riait maintenant, on parlait fort, on commençait à crier comme on crie dans les repas.
    Tout à coup une vieille paysanne qui était restée près du moribond, retenue par une peur avide de cette chose qui lui arriverait bientôt à elle-même, apparut à la fenêtre et cria d'une voix aiguë :
    - Il a passé ! Il a passé !
    Chacun se tut. Les femmes se levèrent vivement pour aller voir.
    Il était mort, en effet. Il avait cessé de râler. Les hommes se regardaient, baissaient les yeux, mal à leur aise. On n'avait pas fini de mâcher les boules. Il avait mal choisi son moment, ce gredin-là.
    Les Chicot, maintenant, ne pleuraient plus. C'était fini, ils étaient tranquilles. Ils répétaient :
    - J' savions bien qu' ça n' pouvait point durer. Si seulement il avait pu s' décider c'te nuit, ça n'aurait point fait tout ce dérangement.
    N'importe, c'était fini. On l'enterrerait lundi, voilà tout, et on remangerait des douillons pour l'occasion. Les invités s'en allèrent en causant de la chose contents tout de même d'avoir vu ça et aussi d'avoir cassé une croûte.
    Et quand l'homme et la femme furent demeurés tout seuls, face à face, elle dit, la figure contractée par l'angoisse :
    - Faudra tout d' même r'cuire quatre douzaines de boules ! Si seulement il avait pu s' décider c'te nuit!
    Et le mari, plus résigné, répondit :
    - Ça n' serait pas à refaire tous les jours.

 

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7 décembre 2011 3 07 /12 /décembre /2011 10:47

C'est un poème en prose extrait du recueil "Le spleen de Paris". Avec "Le dormeur du Val" d'Arthur Rimbaud, il appartient aux textes poétiques qui ont marqué mon adolescence. J'aime l'histoire qu'il nous conte et j'avais envie de la partager avec vous, le temps d'une pause littéraire :

 

 

Je veux donner l’idée d’un divertissement innocent. Il y a si peu d’amusements qui ne soient pas coupables !

Quand vous sortirez le matin avec l’intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, — telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l’enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, — et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s’agrandir démesurément. D’abord ils n’oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s’enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l’homme.

Sur une route, derrière la grille d’un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d’un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et  frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

Le luxe, l’insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu’on les croirait faits d’une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

À côté de lui, gisait sur l’herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d’une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l’enfant ne s’occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu’il regardait :

De l’autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l’œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

À travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l’enfant pauvre montrait à l’enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c’était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

Et les deux enfants se riaient l’un à l’autre fraternellement, avec des dents d’une égale blancheur.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 12:18

Ce poème m'est revenu en mémoire ces derniers temps. Je suis certaine que vous le connaissez tous, il appartient à ces textes qui vous replonge dans les années "collège" et les premiers émois à la lecture de grands textes. Ce fut mon cas. Je le conseille aux rares qui ne le connaissent pas et je le recommande aux allergiques à la poésie (eh, oui, il y en a... LOL) car il se lit comme un texte en prose et la chute est digne des plus grandes nouvelles...

 

 

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

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  • : Le blog de ptit lu
  • : Vous trouverez des textes d’auteurs collectés lors d’appels, des billets sur mes lectures ou mes films, des infos sur des nouvellistes, poètes ou romanciers qui valent le détour, des interviews ... et mes aventures d’auteure en herbe. J’espère que vous aurez envie, en passant, de laisser un commentaire. N’hésitez plus, partez à la découverte…
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DEDICACES

- 2 juin 2013 à La Pierre (38)

- 7 juillet 2013 à St Pancrasse (38)

- 18 août 2013 à Allevard (38)

- 13 octobre 2013 à La Buissières (38)

 

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